C’est décidé : comme près de 15 000 compatriotes, tu as choisi de rallier la capitale de l’underground et profiter de ce bout d’Allemagne complètement dingue. Bravo! J’ai moi-même eu un coup de coeur la première fois que je suis venue ici en 2016 et me suis promis de pouvoir, un jour, vivre à Berlin. C’est aujourd’hui chose faite depuis quatre mois. En exclusivité, je te livre, jeune Padawan, ce que je retiens de mon expérience. Accroche toi, car s’expatrier à Berlin en 2018 relève du défi digne des pires scénarios de George Lucas.

La concurrence (rude) tu materas

Avec un taux d’hipsterisation qui atteint des sommets himalayens, la capitale autoproclamée du kebab est aujourd’hui particulièrement courtisée. Conséquence : les nouveaux arrivants sont… bah partout en fait. Que ce soit pour trouver un logement (prépare-toi à partir à la conquête de l’appartement intersidéral), un emploi (surtout si tu ne parles pas allemand) ou commander un Latte au lait de pâquerette bio (humour humour), il va falloir sortir l’artillerie lourde. Honnêtement, je savais que Berlin était une destination populaire mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi concurrentiel!

Mon conseil : trouve un emploi (ou un stage) avant de partir. Si comme moi, tu arrives frais comme un gardon de Lozère, sans parler allemand, sans boulot, sans argent, il va falloir être stratégique. Comment? En ciblant les priorités. La première, celle qui t’ouvrira les portes du tout Berlin (rien que ça), se situe dans le deuxième commandement.

L’Anmeldung ton pire ennemi sera

Si tu ne maîtrises pas la langue de Kafka, Anmeldung est sûrement l’un des premiers mots que tu vas apprendre en venant vivre à Berlin. L’Anmeldung (qui signifie enregistrement) est un document administratif délivré par le Bürgerarmt (mairie de quartier) attestant que tu vis bien dans la ville. C’est le Graal pour pouvoir ensuite travailler (car l’Anmeldung permet de demander un numéro fiscal), mais aussi souscrire à un forfait téléphone (oui c’est bizarre, je sais).

Le problème, c’est qu’avec une concurrence démoniaque affolant un marché locatif où le tout n’importe quoi devient la norme, tu devras sûrement au départ signer un contrat en sous-location… Une situation autorisée mais qui nécessite tout de même une attestation (Bestätigung) du propriétaire pour que tu puisses obtenir le sacro saint Anmeldung. Pour des raisons qui m’échappent (malgré une enquête approfondie menée dans les bas-fonds de l’Internet avec mon acolyte l’Inspecteur Google Traduction), le propriétaire peut cependant refuser de signer cette attestation. Et c’est un cercle vicieux car pas d’Anmeldung = pas de travail = pas de fiche de salaire = pas de logement…

Sois intransigeant

Mais ne te laisse pas abattre, toi jeune Padawan berlinois plein de fougue et d’envie! En effet, si la concurrence est rude, l’offre est aussi démentielle. Pour arriver au plus vite à tes fins, je te conseille donc de systématiquement demander s’il est possible de s’anmelder (s’enregistrer) et ce, avant de visiter l’appartement. Sois instransigeant là-dessus si tu ne veux pas perdre de temps. Tu vas recevoir beaucoup de réponses négatives (j’imagine que bon nombre de sous-locations se font sans l’accord du propriétaire) mais aussi  t’éviter de nombreuses arnaques slash plans foireux. Pour trouver la perle rare, j’ai une préférence pour le site WG Gesucht. L’offre est pléthorique et il y a toujours des annonces qui ne paient pas de mine, écrites juste en allemand et sans photos (donc moins concurrencées) qui peuvent cacher des pépites. Bien sûr, il y a les pages Facebook comme WG Wohnung ou Berlin Apartments (gare aux arnaques toutefois) ou les pages d’expatriés dont l’excellente Les Berlineuses.

Les sous-locations de courte durée sans Anmeldung sont cependant un choix idéal quand on arrive pour ne pas se retrouver à la rue (ou dépenser un PEL dans une chambre d’hôtel) mais ne réserve jamais plus d’un mois. Tu peux aussi utiliser la plateforme Airbnb pour les premiers jours.

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Si, contrairement à nous, tu n’as toujours pas trouvé ton nid douillet…
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Tu peux toujours faire comme ce jeune Padawan et installer un hamac sur les bords de la Spree…

L’allemand ton meilleur allié deviendra

Bon d’accord, au début, il sera plus, comme l’Anmeldung, ton ennemi juré. Mais lui tourner le dos serait une grave erreur stratégique. Au contraire, s’allier avec lui te permettra de décoder les subtilités du langage administratif (pouvant t’éviter de te faire plumer lors de ta recherche de logements) et de te démarquer sur le marché de l’emploi. Accessoirement, cela te permettra de comprendre les messages d’informations dans le métro (parfois bien utiles, hein), les publicités placardées dans la ville (petit détail qui m’a bien frustrée en arrivant) et de ne pas paniquer quand on s’adresse à toi dans la rue.

Un avantage concurrentiel indéniable

On m’avait toujours dit que l’apprentissage de l’allemand n’était pas nécessaire pour vivre à Berlin. Si ce n’est pas complètement faux, je ne suis pas non plus tout à fait d’accord, dans le sens où cela vous enferme dans un milieu d’expatriés. Pas super pour l’intégration donc mais, surtout, c’est parmi les expatriés que la concurrence pour les emplois et logements est la plus féroce. Les annonces en anglais sont en effet prises d’assaut par des hordes d’étrangers effrayés à la vue d’un Umlaut. Si tu parles allemand, il y a là aussi de la concurrence, mais cela a l’avantage de te démarquer des natifs (l’exotisme français peut fonctionner) et des expatriés non germanophones.

Comment apprendre l’allemand? Bon, c’est là que ça se corse. Sans trop rentrer dans les détails (ce n’est pas l’objet de l’article), prendre des cours sur place est pour moi la meilleure méthode (j’ai suivi quatre mois intensifs à la Deutschakademie) ainsi que pratiquer via des duos en tandem (via des sites comme Conversation Exchange, que je te recommande chaudement). Mais comme cela risque de prendre plusieurs mois (voire années), une autre méthode efficace est de se constituer des listes de vocabulaire par thème (logement, emploi). Ce sont en effet toujours les mêmes mots qui ressortent dans les annonces et cela te fera gagner un temps énorme de les avoir répertoriés dans une liste!

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Mes camarades de classe de mon cours d’allemand, avec qui je suis encore en contact. Les déclinaisons, ça crée du lien!

Au restaurant (presque) tous les jours tu iras

Après les galères, jeune Padawan, je te livre maintenant les bons côtés de la vie à Berlin: les sorties abordables, avec, en pole position, les restaurants. Arrivant de Londres, ville où chaque penny vaut de l’or, j’avoue que j’ai un peu vrillé, gastronomiquement parlant, ces derniers mois. Mais des pizzas (et des bonnes) à 5 euros (c’est chez Ristorante Vira que ça se passe), des Döner à 3 euros dignes d’un festin d’émir (merci Döner Dach), des plats vietnamiens gargantuesques à moins de 6 euros (à trouver un peu partout dans la ville)… cela a de quoi tenter!

Gare à toi cependant, car le restaurateur berlinois est malin : la boisson te coûtera souvent presque aussi cher que le plat. Mon astuce radin malin : ne commande jamais d’eau minérale et garde toujours une bouteille d’eau avec toi. Et surtout, ne franchis pas (comme je l’ai fait) le côté obscur de la force en en faisant des sorties quotidiennes. Ton estomac ainsi que ton compte en banque te remercieront.

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Autre option : la Currywurst, star des Imbiss berlinois.

Ton éducation clubesque tu referas

Alors là, on s’attaque à THE sujet berlinois : les boîtes de nuit. Règle numéro un: il est interdit de parler de… oublie tout ce que tu sais au sujet du clubbing. Tu peux d’ores et déjà ranger tes stilettos ou ta chemise de damoiseau et refaire ton éducation clubesque en lisant les conseils d’Elodie du site Good Morning Berlin. Les us et coutumes berlinois sont à ce sujet opposés aux nôtres. Que tu sois de sexe féminin, par exemple, ne sera clairement pas un avantage pour passer le contrôle de faciès des videurs (physio pardon) à l’entrée, les tenues casual sont clairement la norme (quel bonheur d’aller en boîte en baskets!) et l’attente, multipliée par 5… au moins.

Virée nocturne… dans les files d’attente

Seule constante : l’entrée n’est jamais garantie, la sélection des « gardes » étant complètement aléatoire. Parler allemand (encore et toujours) te sera d’un grand secours car la plupart des videurs ne s’expriment que dans cette langue. Le paroxysme de cette politique impitoyable se trouve probablement au Berghain (que je n’ai jamais testé Ndlr), où tout le gratin berlinois se presse le week-end, bravant des heures de queue avant d’affronter Sven, véritable chien de garde de ce qui est pour beaucoup la Mecque de l’electro. Sérieusement, ce Sven est tellement redouté et respecté qu’il a probablement vengé à lui tout seul tous les videurs payés à trier de la viande saoûle, essuyer les insultes et contenir les bagarres de couillons abrutis au whisky coca.

L’issue de la soirée étant incertaine, les files d’attente deviennent un moment à part entière des nuits berlinoises. J’ai même vu des serveurs proposer gratuitement des shots de Jägermeister (liqueur allemande) pour faire patienter tout le monde. Car il te faudra avant tout survivre au froid sibérien (l’hiver) et te préparer psychologiquement à regagner, bredouille, tes pénattes, en cas de recalage. Mais les minutes ou les heures passées à grelotter dans les ténèbres berlinoises te souderont à tout jamais avec tes compagnons de fortune! Et rien que pour ça, ça vaut le coup de tenter l’expérience.

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Tu l’auras compris, venir vivre à Berlin en 2018 nécessite une vraie réflexion, la concurrence étant le principal obstacle du nouvel arrivant. J’espère que ces quelques conseils auront éclairé ta lanterne ou t’auront au moins fait un peu sourire!

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