J’ai entendu son histoire des tas de fois et je ne m’en lasse pas : mon amie Roxane (qui tient la chaîne de développement personnel Grandir Ensemble), est partie trois mois en Asie, entre novembre 2015 et février 2016. De Bangkok, en Thaïlande (où elle a passé un mois et demi), en passant par le Laos et le Cambodge, elle a exploré ce morceau d’Asie du Sud Est seule, avec son sac à dos. Le récit qu’elle en fait, à la fois drôle et touchant, sort un peu des sempiternels comptes-rendus “carte postale” que l’on peut trouver sur la Toile, et c’est pourquoi j’ai décidé de vous en faire part.

Comment est venue l’idée d’un voyage en Asie?

Après une première expérience seule à l’étranger, mais dans le cadre d’un programme d’échange (Leonardo, aujourd’hui Erasmus +) en Lituanie, j’avais envie d’un vrai voyage, le fameux voyage “sac à dos”. J’ai décidé de partir là bas pour des raisons financières et aussi parce que je m’intéressais à la spiritualité à ce moment-là. L’Asie était donc une bonne entrée en matière. Mais je n’avais pas envie d’être en vacances pour autant, c’est pour cela que j’ai fait du Workaway (un système d’échanges entre un propriétaire qui héberge des visiteurs en échange de quelques heures de travail). Quand j’ai posé le pied à Bangkok, je savais donc où j’allais, c’était à la fois excitant et rassurant car j’allais directement chez un local, qui gérait une auberge de jeunesse.

Comment s’est déroulée ton arrivée?

Pas comme je m’y attendais… J’ai atterri à 11 heures du matin mais j’avais dit à la dame chez qui j’allais que je serais là-bas à 16 heures car je voulais m’imprégner de l’ambiance et vivre le choc culturel dont on parle tant. En fait, j’ai juste eu le temps de trouver où j’allais car la ville est immense! Paris, à côté, c’est un village (la métropole de Bangkok compte quelque 19 millions d’habitants). Pour ce qui est du choc, j’avais en tête la chaleur, ça allait de soi, et la fatigue du voyage mais je n’avais pas pensé au bruit, aux odeurs, à l’effervescence. J’ai été choquée par la puanteur de Bangkok. La ville est sale, il y a des tonnes de déchets alimentaires par terre, les rats pullulent, et ça contraste vraiment avec les centres commerciaux immenses et luxueux. C’est aussi sale dans le sens psychologique du terme – selon où tu vas, on te propose des shows sexuels, des ping pong shows… Je trouvais la ville tellement laide que je n’ai pris aucune photo la première semaine, je ne voulais rien faire, je ne voyais que le côté négatif de la ville. Je me suis rendue compte que mes yeux étaient habitués à voir du beau et je me demandais vraiment ce que je faisais là!

Bangkok Khoa San Road Thaïlande enfer

Je ne voulais pas prendre de prendre un taxi, donc j’ai choisi le train, pour me mêler aux locaux. Mais je me suis perdue, et personne ne comprenait où je voulais aller, mon téléphone n’avait plus de batterie, bref, c’était un choc culturel en bonne et due forme! Il faut savoir qu’à Bangkok, le trafic est infernal et c’est bondé partout. Finalement, c’est un jeune Thaï qui m’a guidée… J’avais un peu honte car j’avais toutes mes économies sur moi et c’est lui qui m’a payé la course.

Qu’est-ce-que tu n’as pas aimé là-bas ?

Il y a un quartier qui s’appelle Khao San Road, c’est le lieu des backpackers, des bars et des souvenirs… C’est le quartier cliché de la ville. Une amie m’avait dit que je devais absolument y aller. Mais c’est la déchéance là-bas. J’ai été choquée que mon amie me dise que c’était ça, Bangkok. C’est la honte, ce quartier. Pour moi, quand tu vas à l’autre bout du monde, c’est pour voir quelque chose de différent. Mais dans ce quartier, il n’y a que des Occidentaux qui viennent boire pour pas cher et s’approvisionnent dans des épiceries occidentales, sans échanger avec les locaux (les avis sont cependant partagés sur ce quartier, comme le montre ce compte-rendu sur leblogdesarah).

Quand il y a des enfants qui viennent te demander de l’argent alors que tu es en train de manger dans un “boui boui” misérable, tu te sens riche dans le sens le plus négatif du terme

La pauvreté m’a particulièrement marquée au Cambodge. Je m’attendais à être confrontée à la prostitution en Thaïlande mais c’est au Cambodge que j’en ai vu. Et puis, quand il y a des enfants qui viennent te demander de l’argent alors que tu es en train de manger dans un “boui boui” misérable, tu te sens riche dans le sens le plus négatif du terme…

Thaïlande enfant voyage sac à dos
La rencontre avec les enfants locaux est toujours inoubliable…

Que t’as appris cette expérience?

Je me suis rendue compte que j’avais des exigences. Je n’ai jamais été difficile question nourriture mais quand je voyais du pain là-bas, je m’étonnais moi-même en pensant: “C’est du pain ça?”. Quand j’allais manger quelque part, je regardais partout s’il y avait des rats (j’ai la phobie des rats)… Tous les déchets sont par terre, ils ne sont pas du tout éduqués à ce niveau là. Il y a des roulottes un peu partout dans la ville qui proposent de la street food (nourriture de rue). C’est comme une petite kitchenette installée dans la rue, ils cuisinent directement là, ils font la vaisselle et après, jettent tout ce qui leur reste dans la rue. Mes amis m’avaient dit que c’était super bon mais je me disais : “Comment font les gens pour manger là?”… et en fait, oui, c’est délicieux! Voyager là-bas m’a appris à aimer ce que, a priori, je n’aimais pas, et c’est ce qui rend l’Asie si addictive, ce côté attraction répulsion… Quand je suis retournée à Bangkok après quelques semaines au Laos et au Cambodge, je m’y suis sentie comme à la maison et j’ai enfin pu voir et profiter des bons côtés que cette ville offre. En fait, il faut apprendre à apprivoiser Bangkok!

Voyager là-bas m’a appris à aimer ce que, a priori, je n’aimais pas, et c’est ce qui rend l’Asie si addictive, ce côté attraction répulsion

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Une cuisine thaïlandaise… bien différente de nos cuisines intégrées ultramodernes.

As-tu réussi à tisser des liens avec des locaux?

J’ai passé 90% de mon temps avec eux, et pourtant, il est très difficile de tisser de vrais liens. D’après le retour que j’en ai eu, les locaux ne nous aiment pas trop… Ce que tu vois d’eux, leur sourire et leur amabilité, n’est qu’une façade.

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Ce n’est pas parce que tu enlèves tes chaussures avant d’entrer dans une maison que tu te comportes comme un local. On ne voit pas comment on se comporte, mais eux sont parfois choqués par de simples habitudes que l’on ne remarque même plus. Par exemple, une fois, j’étais dans un bus au Cambodge. Il faut savoir que là-bas, tu en as pour minimum 14 heures de voyage, et que tu as une place pour t’asseoir mais aussi caser tes affaires (sac à dos, etc.), ce qui n’est pas très confort. Au bout de quelques heures, j’ai posé mes jambes à la verticale sur le siège devant moi, en prenant bien soin de ne pas déranger la personne qui était assise devant moi.  Au bout d’un moment, l’adolescent qui était assis à côté de moi m’a baragouiné en anglais : “Au Cambodge, tu ne peux pas mettre tes pieds au-dessus de la tête de quelqu’un d’autre, c’est irrespectueux”. J’ai eu honte. Tous les autres passagers locaux du bus étaient assis normalement, et n’avaient pas l’air de s’en plaindre…

J’ai été très choquée quand j’ai découvert qu’un ami Thaï portait un tatouage avec des croix gammées, mais il n’avait vraisemblablement aucune idée de ce qu’était le nazisme

A l’inverse, lors d’une des nombreuses soirées que j’ai passées avec des Thaï, j’ai remarqué que l’un d’entre eux portait un caleçon avec des croix gammées et un tatouage avec le même symbole (l’insigne nazi, qui se rapproche du svastika bouddhiste et hindouiste, est en effet perçu très différemment en Thaïlande, comme le rapporte cet article). Il ne parlait pas anglais donc j’ai essayé de comprendre pourquoi il portait ça, via l’intermédiaire d’une personne qui traduisait pour moi. D’après ce que j’ai compris, ils ne savent pas trop ce que représente ce symbole, c’est tellement loin de leur culture! Pour eux, ça fait rock star. Je considérais cette personne comme un ami, donc j’ai été très choquée, mais il n’avait vraisemblablement aucune idée de ce qu’était le nazisme.

Qu’est-ce qui t’as le plus marquée?

Les paysages verdoyants sont époustouflants, les couleurs sont magnifiques dans ce pays. Et puis, il y a un sourire et une politesse dans leur langue. Ce sont des gens très gentils et profondément croyants. Ils ont un roi (décédé en octobre dernier, provoquant une vague d’émoi) et ils sont en adoration devant lui. Il y a des posters du roi dans toutes les maisons. Mais les gens ne veulent pas trop en parler, je crois qu’il le craignaient un peu. Une étudiante m’a dit qu’il avait fait beaucoup pour le peuple. Il y a aussi un respect entre les gens. Par exemple, dans le métro, pendant les heures de pointe, les gens se mettent en file indienne pour rentrer dans le wagon! C’est contradictoire parce que cette ville est à la fois un chaos indéfinissable et est en même temps très bien organisée, et c’est ce qui est génial.

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Le voyage n’est qu’une parenthèse, tu ne construis jamais rien quand tu voyages

Comment s’est passé ton retour?

Bien car j’avais envie de rentrer à la fin. Cette expérience m’a ouvert l’esprit et m’a révélé ce que je voulais faire de ma vie professionnelle. Le voyage n’est qu’une parenthèse, tu ne construis jamais rien quand tu voyages… Etonnamment, j’appréhendais le moment de raconter mon aventure à mes amis, car je ressentais une grande pudeur par rapport à l’intensité des émotions que j’avais éprouvées là-bas. Mais ce voyage m’a appris à aimer mon quotidien et les conditions dans lesquelles nous vivons. Aller là-bas m’a permis d’aimer la personne que je suis.

Ci-dessous, vous trouverez les bons plans de Roxane à Bangkok. Pour un article plus détaillé, je vous invite à lire le compte-rendu qu’elle a écrit (en anglais).

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