En partant vivre seule à l’étranger il y a un an et demi, j’ai quitté la tiédeur de ma routine pour découvrir le quotidien doux-amer de la vie d’étrangère, en Angleterre puis en Allemagne. S’intégrer dans un pays dont je ne maîtrise pas la langue est un des défis les plus difficiles que j’ai eu à surmonter (ou plutôt que j’apprends à surmonter)… mais aussi l’un des plus enrichissants. Et je vais vous expliquer ici pourquoi.

Vivre à l’étranger et s’intégrer dans le pays sont pour moi deux notions très différentes. Dans des villes comme Londres ou Berlin, il est en effet très facile de travailler et se créer un cercle d’amis d’expatriés, sans vraiment se confronter au fameux choc culturel et linguistique. Mais souhaitant m’installer sur le long terme à Berlin, j’ai décidé d’apprendre l’allemand et de chercher un travail dans la langue de Goethe.

travailler à l'étranger

Vivre à l’étranger : barrière linguistique…

A l’heure où j’écris cet article, je sors de mon premier jour d’essai dans un café de l’Ouest berlinois. Mes collègues ne parlent pas anglais (encore moins français), les clients sont des Allemands âgés un peu aristo. Sept heures à ne parler qu’allemand, une langue que j’apprends depuis trois mois. Je suis épuisée. Non pas que le travail soit particulièrement difficile, mais mon cerveau a dû, pendant une journée, emmagasiner de nouvelles informations dans une langue qui ne m’est pas familière, qui me demande énormément de concentration pour comprendre mais aussi pour répondre.

Il me faut donc accepter l’idée que vivre à l’étranger, c’est admettre que je ne pars pas d’égal à égal avec quelqu’un qui n’a pas besoin de réfléchir pour comprendre et se faire comprendre. De même, entendre les clients blaguer, les collègues se vaner sans pouvoir participer à la conversation est quelque chose d’extrêmement frustrant. Mais c’est aussi la voie royale pour progresser. En effet, quoi de plus motivant que de pouvoir comprendre ce qui se passe autour de soi et d’être capable de communiquer avec autrui? C’est en vivant des situations comme celle-ci, où la langue m’a clairement isolée de mon environnement, que j’ai réalisé à quel point la communication est un besoin vital, aussi important que manger ou dormir.

…et mur culturel

Si la langue constitue une barrière importante quand on part vivre à l’étranger, au-delà, c’est un mur culturel (que dis-je, c’est une péninsule…) que l’on se prend en pleine tête. Des actions aussi basiques que se saluer (hug, bise, serrage de main, qui n’a pas vécu ce dilemme à l’étranger?), aller faire les courses, faire des blagues, et même s’habiller peuvent devenir sources de questionnements et d’incompréhension. Si l’on peut maîtriser une langue assez rapidement, l’apprentissage de la culture est bien plus long. Et c’est pour moi une des choses les plus difficiles à accepter car, même en parlant la langue, j’ai la désagréable sensation, quand je suis l’unique étrangère dans un groupe d’individus, d’être une autre personne. Avec moins de répartie, plus hésitante, et toujours un peu à part.

Ainsi, lorsque je suis avec un groupe d’Anglophones natifs, je me sens toujours en décalage (bien que je parle relativement bien anglais). Je ne possède en effet pas cette culture anglophone, ces codes sociaux et références qui sont propres à chaque pays et qui forgent notre identité. Au milieu d’un groupe qui partage la même langue et les mêmes codes, je me sens souvent seule, avec parfois un sentiment de perte d’identité que je n’avais jamais connu avant. Etant seule face au groupe, c’est à moi de m’adapter à la situation, quitte à remettre en question mes points de vue, dont j’ai vite compris qu’il s’agissait de croyances purement culturelles. Et c’est là où s’intégrer dans un groupe d’étrangers devient intéressant car cela permet de prendre du recul sur sa propre culture et ses croyances, que l’on pensait universelles!

En même temps, ces situations m’ont permis de réaliser à quel point j’étais Française, et comment cela avait façonné ma personnalité et mon comportement. Je crois d’ailleurs que je ne me suis jamais autant sentie Française que depuis que je vis à l’étranger!

vivre à l'étranger
Moi? Française? Comment vous le savez?

S’intégrer : patience, volonté et humilité

Malgré le choc linguistique et culturel, s’intégrer dans un nouveau pays est selon moi tout à fait possible et peut même être rapide, à condition d’avoir une volonté de fer… et de la patience. Deux qualités qui ont l’avantage de tester votre motivation. L’apprentissage d’une langue et d’une culture demandent en effet une sacrée énergie que les tracas du quotidien viendront souvent mettre à mal.

L’humilité est une notion essentielle car s’intégrer dans un nouvel environnement signifie aussi accepter de commettre des gaffes, faire des bides énormes en essayant de faire des blagues, changer certaines habitudes qui sont vues comme inappropriées (même si on n’est pas d’accord)… Je me rappellerais toujours de la fois où j’avais oublié mon titre de transport à Londres. J’étais avec mon ami anglais, nous devions prendre le bus. En bonne Française que je suis, je suis montée en esquivant le regard du chauffeur. Outré, mon ami anglais s’est excusé auprès du conducteur en lui expliquant que j’avais oublié ma carte. “Ici, tu n’es pas en France, tu ne peux pas faire ça”, m’a-t-il asséné. Il était vraiment choqué. Ma colocataire m’a ensuite expliqué que même les enfants ne devaient pas oublier leur carte de transport car les chauffeurs étaient très stricts et pouvaient leur refuser l’accès au bus! Pour le coup, c’est moi qui suis restée coite (mais je n’ai plus jamais oublié mon Oystercard!)…

Aujourd’hui, en plus de faire face à ma peur de prendre la parole en allemand (et de comprendre ce qu’on me dit), je dois aussi accepter l’idée que malgré un bac+5, travailler dans un café est un défi que je ne suis pas sûre de pouvoir relever. Mais je ne lâcherais pas. Car au bout du tunnel, il y a un rêve que j’ai laissé un peu trop longtemps croupir dans un coin de ma tête : faire de Berlin ma ville de coeur.

Les dessins ont été réalisés avec la plateforme Storyboardthat.

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