Avec son anglais impeccable, difficile de croire que Monika n’est pas Britannique. Née en Pologne, la jeune fille de 21 ans a déménagé avec ses parents en Angleterre alors qu’elle n’avait que 4 ans. Si elle est fière de ses racines de l’Est, Monika a cependant tout de l’Anglaise typique: ses expressions, son accent, sa façon chaleureuse de vous dire bonjour… Seul hic: pour être naturalisée, il lui faudrait débourser plus de 1500 euros. Un luxe qu’elle ne peut pas se permettre.

« Mon père déteste quand je dis ça mais je me sens bien plus Anglaise que Polonaise! » S’il y a un sujet qui met la douce Monika en rogne, c’est bien cette histoire de nationalité: originaire de Legnica, en Pologne, la jeune fille n’a pourtant que très peu de souvenirs de son pays de naissance, dont elle possède, droit du sol oblige, la nationalité. Sa famille a en effet immigré en Angleterre alors qu’elle n’avait que 4 ans. « Tous mes amis sont Anglais, j’ai été éduquée ici. Je suis probablement plus Britannique qu’un Britannique », sourit-elle. Je confirme.

Monika est aide-maternelle à Guildford, ville proprette située à une heure au sud de Londres, elle s’exprime dans cet anglais un brin distingué dont seuls les natifs ont le secret, son petit ami est Anglais, sa famille supporte l’équipe de football d’Arsenal. Posséder la nationalité polonaise, pays qu’elle ne connaît que très peu, mais pas britannique, terre où elle a grandi, est pour elle un non sens. « Juste parce que je suis née dans un autre pays, je ne suis pas considérée comme Anglaise! Si tu as grandi toute ta vie dans un pays, ça devrait être assez pour faire de toi un citoyen de ce pays… »

Et là où elle voit rouge, c’est que pour être Britannique, au sens légal du terme, Monika devrait faire une demande de naturalisation, dont le coût s’élève à environ 1450 euros, se soumettre à un test de connaissance du pays et fournir un test d’évaluation de son niveau d’anglais. En tout, l’addition dépasserait les 1500 euros (voir encadré plus bas). « Je ne vois pas pourquoi je devrais payer pour être considérée Britannique, ironise-t-elle. Ce bout de papier ne me rendra pas plus britannique! »

Parmi les plus chères d’Europe

Il faut dire que la nationalité britannique est une des plus chères d’Europe. En comparaison, pour déposer une demande de naturalisation française, l’administration française demande des frais de… 55 euros! Ce grand écart tarifaire se vérifie aussi dans d’autres pays d’Europe : de 52 euros en Pologne, il est demandé 855 euros au Pays Bas, entre 450 et 1800 euros en Suisse (selon le canton), 255 euros en Allemagne et 1125 euros en Irlande…

Comment expliquer de telles disparités? Au Royaume-Uni, les frais liés à la demande de naturalisation britannique ont bondi  de 25% entre 2015 et 2016, passant de £1005 à £1236 (puis £1282 en 2017). Sur son site, le ministère de l’Intérieur indique que « cette augmentation va permettre de réduire la part du contribuable dans le financement du service d’immigration et assurer un système uniquement financé par les utilisateurs de ce service d’ici 2019-2020 ». Un service public… payé par le « client », donc.

Pour Caroline Sawyer, maître de conférences à l’université de droit de Wellington et spécialiste de l’immigration au Royaume-Uni, le tarif n’est pas le seul frein à la demande de naturalisation britannique : « La lenteur administrative et la difficulté d’entrer en contact avec le Ministère de l’Intérieur sont souvent aussi décourageants  que le coût, et les deux ensemble sont prohibitifs. Le Ministère de l’Intérieur rejette aussi souvent des demandes sans raison apparente… Et vous perdez donc beaucoup d’argent! » La décision d’accorder la citoyenneté britannique est en effet à la discrétion du secrétaire du Ministère de l’Intérieur. Bien que des critères d’éligibilité existent, rien ne l’oblige à les suivre. Le British Nationality Act de 1981, qui régit l’obtention de la citoyenneté britannique, est clair : le ministère peut « refuser de délivrer un certificat de naturalisation à quelqu’un qui remplit les critères requis mais ne peut pas délivrer un certificat à quelqu’un qui ne les remplit pas »…

Les critères à remplir

*Avoir plus de 18 ans
*Faire état de bon caractère et avoir un casier judiciaire vierge
*Détenir une carte de résident permanent et vivre au Royaume-Uni depuis au moins six ans, trois ans si vous êtes mariés ou en union civile avec un(e) Britannique (£65)
*Démontrer une certaine connaissance de l’anglais (via un certificat de niveau B1 minimum) et des us et coutumes britanniques (via un test appelé Life in the UK, £50)
*N’avoir enfreint aucune loi sur l’immigration durant les 5 précédentes années (ou 3 si vous êtes mariés ou en union civile avec un(e) Britannique)
*Payer les frais de demande (£1282)

Si l’Inde et le Pakistan sont les principaux pays d’origine des accédants à la citoyenneté britannique (ils étaient 41000 selon le ministère de l’Intérieur, soit 28% des autorisations de naturalisation accordées en 2016), les demandes émanant de personnes originaires de l’Union européenne sont passées de 4871 à… 14901 (voir tableau ci-dessous) entre 2008 et 2016. Et la tendance se confirme cette année : selon The Independant, les demandes émanant de ressortissants de l’Union européenne ont été multipliées par trois entre début 2017 et début 2016. Une hausse que le quotidien attribue au vote du Brexit et à l’incertitude qui pèse sur les quelque 3 millions d’Européens installés Outre-Manche.
Comme beaucoup d’entre eux, Monika est aujourd’hui inquiète. « Je vais devoir économiser pour me payer cette nationalité. Je ne me vois pas vivre ailleurs. Où est-ce que j’irais? Je ne parle pas assez polonais pour retourner là bas, et en plus, je n’ai aucun ami… »
Comme pour Monika, le coût exorbitant pourrait en décourager plus d’un et ainsi créer des disparités entre ceux qui, d’un côté, peuvent se payer la citoyenneté britannique et ainsi garantir leur droit de rester sur le sol britannique, et ceux, moins fortunés, contraints d’attendre 2019 et la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne pour savoir à quelle sauce ils vont être mangés…

Un permis de résidence bientôt requis pour les citoyens européens

Le gouvernement a publié, fin juin, les nouvelles conditions qui devraient s’appliquer aux citoyens européens résidant au Royaume-Uni après la sortie du pays de l’Union européenne, prévue en mars 2019. Ainsi, tout citoyen européen installé au Royaume-Uni devra détenir un permis de résidence (le même permis qui est exigé pour demander la nationalité britannique, voir encadré plus haut). Ce permis sera dit « permanent » si la personne vit au pays de sa majesté depuis plus de cinq ans, « temporaire » en dessous des cinq ans. Un « délai de grace » de deux ans est prévu pour permettre aux quelque 3 millions de personnes de candidater et obtenir le précieux sésame à temps. Pour les téméraires qui traverseraient la Manche après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, ils pourront rester sans avoir besoin d’un quelconque papier durant les deux ans de « grace » mais devront, au-delà, demander (et obtenir) une permission de résidence, dont les conditions sont à ce jour inconnues…

 

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